APPRENDRE DANS L'ACTION

Chaque mundzèbi doit se poser la question suivante: pourquoi je n’exerce pas les activités grâce auxquelles les membres d’autres communautés ethniques améliorent leurs conditions de vie? Ces activités sont, par exemple, les affaires par la création d’entreprises, le grand commerce d’import-export, le sport de compétition, la restauration, le tourisme etc., ce sont des activités génératrices de revenus qui, en plus, contribuent à rendre visibles et célèbres ceux et celles qui s’y adonnent, à l’échelle de leur société, et souvent même aux yeux de la sous-région, de la région et du monde entier.

La plupart d’entre nous, en réponse à cette question, dirons que nous aimerions bien exercer ces activités, au regard des avantages qu’elles procurent, mais que nous ne savons pas comment nous y prendre, n’ayant pas appris à les effectuer. Mais qu’est-ce qui nous empêche d’apprendre auprès des personnes qui ont de l’expérience dans ces domaines, telle est la question que je place au cœur de nos analyses sur la plate-forme de croisement de l’information que constitue le présent site.

Toutefois, je présume que vous attendez mon opinion sur cette interrogation, et pour l’énoncer, je vais devoir rappeler la signification profonde que revêt à mes yeux l’activité d’apprentissage. Pour moi, à la suite de tant d’autres penseurs, apprendre est un risque et c’est ce risque que nous, bandzèbi, refusons de prendre. C’est un risque, ne serait-ce que parce que l’on doit admettre qu’on est ignorant dans le domaine où l’on doive apprendre, d’où la nécessité d’apprendre. Or, nous avons comme adultes et comme bandzèbi, de surcroît, la prétention de nous suffire à nous-mêmes, donc de tout connaître pour ne pas éprouver le besoin d’apprendre auprès des tiers. Dès lors, que pourrait une personne dépositaire d’un savoir ou d’un savoir-faire, désireuse de le partager à d’autres et confrontée à tant d’individus qui n’en savent rien, mais qui n’éprouvent aucunement le besoin d’apprendre? La règle d’or en la matière est que je ne peux jamais contraindre quiconque à apprendre, ce serait denier la place du sujet dans sa propre éducation; comme je ne saurais jamais faire à la place de l’autre, sachant que l’on n’apprend rien que ce que l’on apprend par soi-même. Sur la question, ma position, paradoxalement, rejoint celle de Joseph Jacotot qui prétendait que l’on ne peut enseigner que ce que l’on ignore parce que quand on sait, on explique et ainsi, on empêche l’autre d’apprendre. Pour Jacotot, c’est l’ignorance qui opère dans ce cas. Il n’en est rien, c’est plutôt une retenue, qui au moment où l’on transmet, laisse à l’autre une place suffisante pour qu’il apprenne. Plus précisément, ma position est donc que je dois permettre à l’autre de s’approprier lui-même, dans une démarche dont il est l’auteur, les connaissances dont je lui parle.

Oui, mais comment? En faisant de la position sus-indiquée une stratégie pédagogique au cours du processus d’apprentissage. Et qu’est-ce que apprendre? Philippe Meirieu y répond en indiquant qu’apprendre, c’est chercher à faire quelque chose que l’on ne sait pas faire en le faisant. Et il faut le faire alors qu’on ne sait pas le faire pour apprendre à le faire. Il s’agit là d’une décision que personne ne peut prendre à la place de quiconque: je ne sais pas parler, et je ne peux apprendre à parler qu’en parlant; je ne sais pas nager, mais je dois me jeter dans l’eau d’une rivière et nager pour apprendre à nager; je ne sais pas faire l’amour mais je ne commettrais pas l’erreur d’attendre de savoir faire l’amour pour faire la cour à une fille de mon âge; et cela vaut autant pour une jeune fille. La leçon qui nous saute aux yeux ici est que sans faire, sans interagir avec mon environnement humain et matériel, je ne saurais apprendre; cependant, en faisant, sans préalablement avoir appris, j’ai beaucoup de chance d’accéder au savoir et au savoir-faire.

Voilà pourquoi, nous, les bandzèbi, devons de toute urgence prendre la décision de faire ce que nous disons ne pas savoir faire: les affaires, de la haute politique, la diplomatie, le commerce, les arts etc., pour apprendre dans l’action et en contexte les principes d’organisation et de fonctionnement de ces différents domaines. Donnons-nous pour obligation de faire ce qu’à ce jour nous n’avons jamais osé faire, et qui explique notre retard sur les autres communautés culturelles.

Dans cet élan d’appropriation de la connaissance par le mundzèbi, à travers une démarche personnelle, je ne saurais jouer rien d’autre qu’un rôle de médiateur, consistant à inventer et mettre à la disposition de tous les occasions et les moyens d’apprendre pour que chacune ou chacun actualise son génie créateur, son inventivité, sa créativité, en somme, fasse œuvre de lui-même. Au bilan, il se découvrira fin politicien, habile négociateur, talentueux musicien ou comédien, rigoureux gestionnaire d’entreprises, redoutable sportif etc.; le présent appel à l’action, sans détour, et la table des partenaires que constitue ce site Internet sont deux de ces moyens et occasions d’apprendre que nous vous offrons fraternellement.