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Allons-nous assister sans rechigner au saccage de notre patrimoine ancestral et vital : la forêt tropicale ?

En ce début du 21e siècle, l’humanité est confrontée à de grands problèmes tels que la mondialisation de l’économie, le besoin d’un modèle économique alternatif, la quête d’un développement économique et social durable, le réchauffement climatique…

De ces thèmes je retiens le réchauffement climatique, dont l’une des causes principales est la déforestation, pour exprimer mon indignation devant le saccage systématique du couvert végétal en terres nzèbi, et surtout appeler les Banzèbi à une mobilisation en vue d’actions visant, au mieux à mettre fin à ce désastre, sinon à le limiter.

Suis-je le seul à constater en territoire nzèbi: Ogooué Lolo, Ngounié, Haut-Ogoué et Niari forestier les exploitants forestiers chinois et malaisiens détruire avec grand zèle, de par leurs activités effectuées sans égard aux normes internationales d’exploitation des forêts, la forêt millénaire que nous ont léguée intacte nos aïeux? Cela alors qu’avant eux les colons français qui avaient le contrôle de l’ensemble des richesses de ce vaste territoire n’ont pas osé touché à ce bien-là, le sachant sacré pour les ayants-droit. Qui pourrait ignorer que la forêt est en effet la mère nourricière des Banzèbi que nous sommes, en nous procurant du gibier frais, des terres agricoles fertiles, des fruits sauvages juteux, des champignons, des plantes et insectes divers et variés comestibles, des plantes médicinales, de l’eau saine, douce, propre à

a consommation et du bon poisson frais et nourrissant grâce à la protection qu’elle assure à nos fleuves et rivières? Qui de nous, natifs de cette zone profonde et tranquille, aurait survécu sans la forêt? Pourquoi refuserions-nous de transmettre à nos descendants ce patrimoine vital alors que nos ascendants nous l’ont généreusement et gracieusement légué? Serions-nous cyniques ou fous au point de placer notre postérité sous un ciel sans soleil, apocalyptique?

Je refuse de pactiser, en intégrant la cohue que forment les coteries des carriéristes qui prétendent, à chaque consultation électorale, demander les suffrages des banzèbi à base de la promesse trompeuse de défendre leurs intérêts dans différentes assemblées où leurs membres se feront propulser, avec les pillards de notre patrimoine sacré, de par mon silence. D’où je condamne avec véhémence les exactions des Chinois et Malaisiens sur notre territoire, avec la bénédiction des gouvernants et élus corrompus, et vous appelle, filles et fils de Kéngué et Manoondzo à vous joindre à moi pour réfléchir aux actions urgentes de défense de notre forêt à mener, facteur de survie et de sécurité de nos enfants et de leurs enfants, aussi bien aujourd’hui que demain. Montesquieu ne disait-il pas que «les mœurs font de meilleurs citoyens que les lois»? Prenons donc l’habitude de défendre les intérêts de notre communauté plutôt que d’attendre en vain l’application des textes gouvernementaux par des corrompus.

Les conséquences de la destruction de la forêt sont planétaires à moyen et long termes, mais l’impact négatif est immédiat sur l’équilibre de la vie des populations locales. Ces dernières n’ont de ce fait pas intérêt à attendre pour agir et nous, Banzèbi, sommes depuis quelques années placés dans une telle position.

La disparition de la forêt tropicale menace la planète. Avec le plancton océanique, les forêts du monde régénèrent l’atmosphère terrestre en produisant de l’oxygène. Le déboisement massif a un impact sur la population vivant au voisinage des massifs forestiers autant qu’il a de contrecoups pouvant être ressentis à plusieurs milliers de kilomètres. Par exemple, les inondations de ces dernières années au Bengladesh résultent des déboisements du Népal. Les forêts tropicales d’Asie et d’Afrique fournissent des bois commerciaux tropicaux. Là-bas comme ici, l’exploitation forestière dégrade la forêt. En Afrique la corruption des gouvernements, la construction des barrages, l’exploitation minière sont aussi pointées du doigt. Ce sont en effet les gouvernements corrompus qui accordent des permis d’exploitation à des entreprises peu soucieuses d’une exploitation durable de la ressource forestière ou de la qualité de l’environnement, au cours et après l’activité, ou encore du reboisement pour son renouvellement. Dans ces conditions les estimations faisant entrevoir la catastrophe, à l’échelle du globe, que faisait Pierre Dubois en 1992 sont aujourd’hui à multiplier au moins par dix-huit (Article de Pierre Dubois paru dans le quotidien le Devoir, cahier spécial, le sommet de la terre, 30 mais, 1992, p. E-3). Il indiquait à l’époque que l’Amérique du sud, l’Afrique et l’Asie comptaient 1700 millions d’hectares de forêt tropicale. Les meilleures évaluations parlaient d’une disparition de 17 millions d’hectares chaque année et que le Brésil, l’Indonésie, le Mexique, la Thaïlande, la Côte- d’Ivoire, l’Équateur, le Nigéria, le Pérou et la Malaisie perdaient chacun plus de 200000 hectares de forêt tous les ans. Faites le calcul et constatez combien il en reste d’hectares en 2009 sur les 1700 millions hectares de forêt qu’il y avait au total en 1992.

Le drame est que les pays riches protègent leur forêt et détruisent la forêt du sud, affirme Miroslav Grandtner, professeur à la Faculté de Foresterie de l’Université Laval à Québec au Québec, Canada. C’est ainsi que la force d’un mouvement écologique pousse l’État japonais à décréter la conservation intégrale de larges parts de la forêt nipponne, signale-t-il, de retour d’un voyage au Japon. Pour combler les besoins de la mère patrie en bois, observe-t-il, les multinationales japonaises couperont les forêts de Bornéo, d’Indonésie et de Malaisie. Les mouvements écologiques ne sont jamais très puissants dans ces pays. Et à leur tour, voilà les Malaisiens en pays nzèbi faire subir aux forêts des plus faibles qu’eux ce que les Japonais ont fait subir à leur propre forêt. Les Banzèbi n’ont hélas aucun mouvement écologique sur lequel compter. Ils ne peuvent compter que sur leur propre force pour défendre leur patrimoine naturel, ancestral duquel dépendent leur survie et la richesse de leur culture. Ils seront en cela guidés par Spinoza qui distinguait entre les affects et les affections: les affections tels que l’admiration et le mépris sont des sentiments, tandis que les affects fondamentaux que sont le désir, la joie et la tristesse, lesquels donnent lieu à des affects dérivés comme l’amour, la haine, la moquerie et la dévotion sont des passions qui engagent le corps. Par conséquent notre tristesse, à nous les Banzèbi, devant l’ampleur de la destruction de nos forêts, ne peut que nous engager dans une action ferme de défense farouche, acharnée de notre cadre et facteur de vie que sont lesdites forêts. Tout comportement autre, de notre part, serait suicidaire et incompréhensible.

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