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Le hangar chez les banzèbi : un symbole des hommes, un restaurant sans frais, un lieu de culture

Dans le village des Banzèbi, le hangar appelé « mulèbè», est un endroit où les hommes se retrouvent. Chez les banzèbi, se dire homme est non seulement avoir passé l’étape de la circoncision, avoir une femme et des enfants, un champ ou pratiquer l’agriculture synonyme de tout autre emploi aujourd’hui, mais c’est aussi avoir l’habitude de partager ce local avec ses pairs. Un village peut selon sa taille avoir autant d’hangars que de quartiers. Le hangar des banzèbi est le lieu où les hommes se racontent des histoires, se partagent des expériences, se consolent, se conseillent et rigolent autour du feu appelé « mbwagha ou mbuaha». Ce local chez les banzèbi incarne le réceptacle des valeurs propres aux hommes, autrement dit les valeurs de la gent masculine. C’est le temple des hommes, un lieu où l’on rencontre et siège le chef du village. C’est le meilleur endroit où le petit-fils reçoit de son grand père, des enseignements sur l’expérience de la vie, gage de sagesse.

Dans ce local, les hommes se réunissent matin, soir, jour et nuit. Le matin, la femme apporte le petit déjeuner à son mari ou l’envoie par sa fille ou par son fils. Elle procède de la même façon pour les autres repas de la journée. Au hangar des banzèbi la tolérance est de mise. Par exemple, si aucune provision ne vient de la maison de votre collègue, cela ne vous empêche pas de partager votre repas avec lui. Les plats sont donc à la portée de tous; c’est le self-service, c’est un restaurant sans frais, un lieu de partage et d’échanges. L’homme qui mange dans sa maison à côté de son épouse est assimilé à une femme; il est considéré comme un égoïste et fait l’objet de moqueries. C’est pourquoi, dès son jeune âge, le garçon munzèbi doit intégrer son milieu d’instruction: le hangar qui est en même temps, le premier abri où l’étranger reçoit son premier accueil, son premier renseignement, qui plus est son premier soutien. Lorsqu’un sage munzèbi meurt, un « ivhévha », c’est-à-dire un totem symbolisant sa grandeur, est placé dans le hangar et les femmes n’y entrent plus; encore moins les hommes non initiés.

Le hangar des banzèbi enseigne, éduque, donne la sagesse et tranche des litiges. S’il est vrai que le père et la mère ont le devoir d’éduquer leur progéniture sans distinction de sexe, il reste que chez les banzèbi la fille se confie plus à sa mère ou à sa grand mère de qui elle reçoit l’éducation à la maison. Quant au garçon, les acteurs les plus proches de lui sont le père, le grand père et l’oncle maternel, lesquels ont le devoir de lui expliquer les liens de famille au sein du clan. C’est également auprès de ces mêmes principaux acteurs que le garçon commence son école de la vie. Il reçoit d’eux leur grand savoir.  Par ailleurs, l’oncle maternel dans la culture des banzèbi a un grand pouvoir sur ses neveux et  ses nièces, parce que  sa voix est souvent la mieux écoutée.

Que ce soit le père, le grand père ou l’oncle maternel, le meilleur endroit pour communiquer avec le fils, le petit fils ou le neveu est le hangar. C’est dans ce centre d’apprentissage qu’un orphelin, c’est-à-dire celui qui n’a plus de père ou d’oncle maternel selon selon notre culture, se cultive. Et d’ailleurs, un proverbe nzèbi dit : « Qui n’a pas d’oncle, doit saisir les propos sages de l’oncle d’autrui pour s’instruire».  Aussi, en cas de litige, c’est dans le hangar où se réunissent les sages pour le régler. Les femmes, assises tout autour pour écouter, apportent également leur contribution.

Quelle que soit la nature du litige, la décision prise dans ce grand lieu de culture a toujours pour objectif de concilier les parties. Dans le village des banzèbi, lorsqu’il y a dispute entre époux, la protection est avant tout assurée à la femme.  Au mari on dit souvent « pola mu nzwa ngègni », c’est-à-dire « sors de la maison d’autrui », une façon de lui demander de rejoindre ses pairs au hangar, l’objectif étant d’arrêter la discorde. En définitive, chez les banzèbi, alors que le hangar appartient aux hommes, la maison, quant à elle, est sous la gestion de la femme, cette mère de qui les membres de la famille des deux côtés reçoivent la chaleur, l’amour du foyer. Ces valeurs, feront elles du chemin avec la nouvelle génération nzebi? Wait and see

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