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Qu’avons-nous fait ce que nous avions à faire pour le Banzèbi vulnérables ?

Au sujet de l’initiative et de la responsabilité, dans le domaine de l’économie solidaire et durable en pays nzèbi, nous ne cessons de crier notre déception et notre colère devant l’inertie, si ce n’est l’indifférence, des nôtres. Mais avons-nous fait notre part en la matière? Je dévoile dans un premier temps le contenu de ce «nous», et précise ensuite ce qui est attendu de ce «nous» râleur, de manière à vous permettre d’apprécier librement si la colère de ce dernier est justifiée. Par «nous», je désigne les banzèbi instruits: vous et moi. Comme personnes instruites, avons-nous conscience de nos responsabilités vis-à-vis de nos parents illettrés, de ce fait, défavorisés, exploités et paupérisés? Pour nous, ces personnes ont, malgré leur dénuement, fait leur devoir en contribuant à financer le processus de notre scolarisation, par le paiement de l’impôt sur les personnes physiques sans lequel nos gouvernements n’auraient pu payer des salaires à nos enseignants, nous construire des bâtiments scolaires équipés de tables-blancs, nous fournir des didacticiels et tous les autres supports pédagogiques, nous verser des bourses d’études, etc., mais en retour, qu’ont-elles reçu de nous à ce jour ?

C’est le lieu de rappeler que nous avons l’obligation de mettre notre instruction, la formation que nous avons reçue à l’école et à l’université au service de l’amélioration de leur sort, et c’est seulement à ce résultat que nous serons dignes de l’appellation d’intellectuels ou tout simplement de personnes instruites ou professionnellement qualifiées.

Sur ce site, au salon économie, nous déplorons notre incapacité, comme société, à nous associer en vue d’activités collectives génératrices de revenus ou de richesses. Nous allons jusqu’à nous étonner qu’il en soit ainsi. Et pourtant, nous devrions tous savoir qu’il n’est pas dans les us et coutumes banzèbi que de nous constituer en groupes communautaires ou associatifs pour produire en commun des richesses: biens ou services. D’où la nécessité pour toute personne instruite, formée, et pour l’intellectuel nzèbi en particulier, de prendre nos responsabilités afin de créer les conditions de l’avènement d’une nouvelle culture en société nzèbi, celle caractérisée par la conjugaison d’efforts, l’association des moyens dans l’exécution des programmes d’actions dont le résultat bénéficiera aux associés. Difficile d’imaginer qu’une telle culture puisse naître toute seule ou que nos incantations et nos jérémiades à son sujet la fassent naître.

En toute franchise, il y a manifestement chez nous, intellectuels banzèbi, un besoin de cohérence quand on voit de si grands écarts entre nos discours et nos actes, nos principes sociaux, spirituels et nos pratiques professionnelles et humanitaires, et davantage encore, entre notre conscience critique et notre manque d’engagement politique devant les souffrances de nos parents. Pour combler ces écarts, puissions-nous exploiter avantageusement la pédagogie de la conscientisation que nous suggère Paulo Freire?

Il nous faudra alors constamment nous rappeler que la méthode pédagogique de Freire est toujours au service d’un nouveau projet de société. Elles vise chaque fois à démonter les piliers qui maintiennent en place la société présente, avec son organisation, ses valeurs, ses idéologies et ses errements qui créent précisément ces populations défavorisées que sont injustement les pauvres et les paysans. Pour ce faire, ces pauvres et ces paysans doivent être éduqués en ayant en tête un nouveau projet de société qui détruise les inégalités et les injustices sociales actuelles, tout en contribuant efficacement à les façonner comme êtres humains qui traduiront ce qu’ils sont et leurs valeurs profondes dans des structures, des organisations, des milieux et des conditions particulières de vie et de travail.

La méthode de Paulo Freire est une méthode visant à la fois l’alphabétisation et la conscientisation ou politisation des pauvres et des paysans. Apprenant à lire et à écrire, ils sont invités à remarquer les injustices dont ils sont victimes et la nécessité de promouvoir certains changements, grâce à leurs propres organisations. C’est une pédagogie de formation à la pensée critique, et le développement de la pensée critique amènera les apprenants à prendre conscience des problèmes de la société dans laquelle ils vivent, conscientisation qui, à son tour, constituera pour eux un appel à l’action sociale. L’action sociale, pour changer les conditions d’existence insatisfaisantes actuelles, accorde à la responsabilité sociale une place importante, d’où l’opposition entre Paulo Freire et certains penseurs humanistes qui négligent l’action sociale en prônant l’individualisme à travers l’accent mis sur la liberté individuelle.

Voyez-vous, pour réaliser un nouveau projet de société, l’impulsion devra partir de nous, les personnes instruites qui devrons d’abord cultiver chez les pauvres et les paysans exploités l’esprit critique les amenant à une prise de conscience collective des injustices et des inégalités dont ils sont victimes; ensuite seulement, nous les aiderions à monter des structures telles que les coopératives, les émancipant, les libérant de ces injustices et inégalités, et les aspirant ainsi vers un mieux être socio-économique, matériel et spirituel. Nous, banzèbi instruits et formés, sommes-nous prêts à donner cette impulsion ou l’aurions-nous déjà donnée? Voulons-nous vraiment faire la différence d’avec les personnes d’autres communautés culturelles? Si oui, prouvons-le!

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