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La femme au fondement de la société Nzebi.

Vu que la femme, en tant que mère, donne la vie et qu’en plus, de par le contrat de mariage, permet à des familles et clans différents de s’allier et devenir des partenaires, l’on peut affirmer que sans elle la société nzèbi n’existerait pas. Ces clans liés par le mariage de deux de leurs membres se consultent, s’entraident, collaborent désormais en beaucoup de domaines, formant ainsi un réseau relationnel stratégique très utile. Comment circulent les femmes à travers différents clans, autrement dit, comment se font les mariages en société nzèbi, nous tentons d’en dire quelques mots à travers les lignes qui suivent.

Un regard global fait constater que la société nzèbi se structure en deux groupes de clans qui en comptent chacun sept (07): «Konda nzèbi» et «Konda ghuanza». Des clans comme chéyi, moanda, bahuli, mahamba etc. font partie du groupe «nzèbi» des clans, tandis que d’autres comme ikoli ou mutata, issaha, ngala, bassomba ou makanda etc. font partie du groupe «ghuanza». À l’intérieur de chaque groupe de clans le mariage est nettement codifié et le principe de cette mise en relation n’est pas l’amour ou ce que l’on appelle les sentiments ou l’affection entre une femme et un homme, mais une sorte de créance appelée «matsoongo».

 Matsoongo (tsoongo au singulier; ce mot a le sens générique de l’escompte ou d’une espérance quand il peut être remplacé par le mot «chiita») ce sont les liens de mariage établis par les ancêtres d’une personne, ancêtres nommés en inzèbi «bibuutu», en épousant des femmes dans différents clans. Ces bibuutu sont les arrières-oncles, les grands-oncles ou les oncles maternels d’une personne. Ce sont les ascendants maternels de cette personne. Une fois établis, ces contrats de mariages sont renouvelables, de génération en génération, aussi longtemps que le mari se conduira bien à l’égard de sa femme, et

toujours dans la même direction: le clan pourvoyeur des femmes à l’autre clan lui en fournira toujours, et le clan bénéficiaire les affectera intelligemment comme épouses, en son sein, à des hommes de son choix. Cela explique qu’une femme est toujours, chez les banzèbi, l’épouse d’une classe d’hommes au sein d’un clan plutôt que de son mari seul, notamment des frères cadets, des petits-fils et neveux directs du mari officiel, lequel leur reconnaît des droits sexuels à l’endroit de son épouse. Si un munzèbi n’exploite pas un tsoongo créé par ses ancêtres, il va, pour avoir une épouse, réclamer une femme aux filles de ses bibuutu ( de ses oncles ou arrières-oncles maternels) qui devront alors lui céder l’une de leurs filles comme épouse. Ou alors, appuyé par son oncle maternel, et dans certains cas par son grand-père maternel, il fera pression sur la femme de ce dernier ou sur celle de son grand-père pour que cette dernière désigne l’une des filles de ses filles, c’est-à-dire l’une de ses petites filles à placer dans l’obligation de prendre sa relève comme épouse dans la famille de son mari actuel. Cette fille que sa grand-mère maternelle désigne pour qu’elle soit épousée par un homme de la famille ou du clan de son mari est appelée« ichènghè». Comme autre modalité de se marier, il y a celle consistant à hériter de la femme d’un parent décédé: l’arrière oncle maternel d’un munzèbi, son oncle maternel, ou l’une des personnes appartenant à la lignée de ses grands-parents maternels décèdent, la veuve dont la famille du défunt reconnaît le droit de se choisir librement un mari parmi les personnes en droit d’hériter d’elle, en son sein, peut le choisir comme mari. Car on hérite d’elle comme on hérite des biens matériels: «mikuègni», c’est-à-dire tout legs reçu d’un parent décédé. On parle alors en inzèbi de garder une veuve «ussaal ghua na Mukuli, ukèl ghua mukuli». Si le munzèbi n’a pas pu, pour une raison ou une autre, se marier, il pourra se contenter des faveurs de la femme de l’un de ses oncles maternels, de l’un de ses frères aînés ou de l’un de ses grands-pères maternels et même paternels pour une fois, d’une façon tolérée, en échange de certains services au couple, notamment la contribution à des travaux champêtres, et l’apport de gibiers et de menus cadeaux à la mariée qui lui accorde ses faveurs. On parlera alors en inzèbi d’un «Muyèhè». Si une femme n’est encore pour un homme qu’une fiancée, on dira que cette femme est «Mafulu ma chimbi»; chimbi signifiant x ou un tel. Pour dire x ou y ou encore un tel ou tel autre, on dira: «chimbi na kadia». Si un munzèbi se contente d’une relation amoureuse clandestine ou presque avec une femme, on dira de cette femme qu’elle est «ndihi a chimbi», pareil pour un homme vivant en concubinage avec une femme, chimbi du nom de cette personne. Il se pourrait qu’un homme ou une femme n’aient pu se marier soit pour fainéantise «bubolo» soit pour défauts de caractère «biku bubi gna kululu» alors demeurant de célibataires endurcis, leur vie durant, ces personnes sont nommées «bindénga», chacune d’elles prise individuellement étant «indéga».

 Les femmes ainsi épousées lient les clans maternels et paternels des conjoints en réseaux de solidarités sous tous les plans: économique, social, culturel ou politique au sens où ils peuvent se donner des objectifs communs, des moyens et un plan d’action concertés pour les atteindre. Le mariage transforme ces clans divers en alliés indéfectibles. Autrement, ce serait l’appartenance à des sociétés secrètes tels que le Mungala, le ndjobi, le mahundu, le mudi etc. qui fera des hommes banzèbi des alliés sûrs, en excluant les femmes, mais la logique de ces liens-là échappe au commun des mortels que nous sommes.

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