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La notion de famille serait-elle en voie de restriction ?

Hier, et aujourd’hui encore dans quelques forteresses nzèbi, la famille était et est une catégorie d’appartenance sociale inclusive, englobant toujours de plus en plus de personnes. Aujourd’hui, sous l’effet d’une multitude de facteurs, il me semble qu’elle a tendance à être pensée et définie à partir des critères biologiques, avec pour conséquence prévisible, à moyen terme, de la confiner à la famille nucléaire, autrement dit biologique:papa-maman-les enfants. Dès lors, l’on peut légitimement se demander si les réseaux de sociabilité nzèbi pourront longtemps survivre ou plus clairement, si ce type de famille ne va pas détruire la société nzèbi globale, mais nous nous limitons aujourd’hui à l’individu comme membre de famille.

En pays nzèbi hier et aujourd’hui encore dans quelques endroits où ce régime a été sauvegardé, l’immensité des dimensions de la famille pouvait et peut être constatée à l’échelle de l’individu déjà. En effet, chaque personne avait et a quatre (04) grands-parents dont deux(02) grands-parents paternels: la mère de son père et le père de son père, et deux (02) grands-parents maternels: la mère de sa mère et le père de sa mère. Et comme la famille était et est classificatoire, toutes les sœurs et tous les frères de la mère de son père étaient et sont ses grands-parents, de même que toutes les sœurs et tous les frères du père de son père étaient et sont ses grands-parents; même chose du côté de sa mère. Que dire des cousins et cousines de ces personnes, lesquels ne pouvaient et ne peuvent être considérés autrement que comme étant, eux aussi, les grands-parents de l’individu considéré.

Quant à ses géniteurs, cet individu en a deux certes (02): son père et sa mère, mais ici comme ailleurs, la

famille étant classificatoire, les sœurs de sa mère qui, en majorité, sont nées du ventre des sœurs de la mère de sa mère, c’est-à-dire des sœurs de sa grand-mère maternelle, sont toutes ses mères. Et les frères de sa mère, leurs frères y compris, c’est-à-dire tous les hommes issus du ventre de chacune des sœurs de sa grand-mère maternelle sont ses oncles maternels. Il en sera de même du côté de son père où les frères consanguins de son père sont ses pères, de même que tous les hommes qui ont rang de frère par rapport à eux, c’est-à-dire tous les hommes nés des sœurs de la mère de son père, de même que leurs neveux.

En pays nzèbi tout ce beau monde, incluant les classes des grands-parents (maternels et paternels), les classes des parents (maternels et paternels) et les classes des sœurs, frères et sœurs directs et croisés d’un tiers, constituaient à peine la famille biologique de cet individu. L’individu situé dans la famille ainsi peinte appartient au clan de sa mère et cela se traduit en nzèbi par la formule: «mè mouchi». Ainsi quand vous entendez quelqu’un dire que «mè muchi bassanga», comprenez par là que bassanga est le clan de sa mère et par conséquent son clan d’appartenance. L’appartenance de cet individu au clan de son père semble allusive, culturellement parlant, mais plus signifiante au plan biologique, sous l’angle de la transmission de la vie ou de la reproduction puisque un munzèbi dit, pour se réclamer du clan de son père:«mè L’bahal la», et qu’une munzèbi dit son appartenance au clan de son père par la formule:«mè mukass a». Ces formules soulignent bien le genre, c’est-à-dire le sexe de l’individu dans l’expression de l’appartenance au clan du père, cela semble plutôt faire référence à la dimension biologique de l’appartenance. Ainsi quand vous entendez une munzèbi dire que: «mè moukass a ngala», elle est en train de vous dire que le clan ngala est le sien à travers son père; et qu’un homme dira qu’il est du clan cheyi par l’intermédiaire de son père en formulant:«mè loubahl la cheyi».

Une femme déclinera sa double appartenance à son propre clan, celui de sa mère et au clan de son père en indiquant, par exemple:« mè muchi bavonda;mukass bassomba=makanda»; traduisez. Un homme dira « mè muchi issaha; L’bahl la bahouli»; traduisez. La circulation des femmes, de par le contrat de mariage, fonde des alliances qui relient en réseaux complexes les clans des individus, jeux d’alliances, fondement de la société nzèbi.

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