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Mariage et dot

Un garçon, candidat à la circoncision: «imbundi», a réussi au petit matin après une longue nuit ponctuée de tests d’endurance et de bravoure (programmés par le maître de cérémonie «mulèmbi a châca») les uns encore plus difficiles que les autres, à cette terrible épreuve initiatique de circoncision «châca»: son prépuce tranché vif et d’un trait sec au couteau spécial «Lusamba» par un «coupeur», en iinzèbi «Mukéchi ou Nga lusamba» alors que ce prépuce était précautionneusement tenu par un «mutèèmbi»

qui l’isolait du gland, il est resté immobile, froid comme un concombre, impassible devant la douleur, et l’assistance a explosé de joie à l’annonce de son héroïsme par l’un de ceux qui forment le cercle initiatique «bangondz ba kiti». Ce jeune homme est désormais entré dans le monde adulte, apte à fonder une famille. Toutefois, il faudra qu’il évite à la famille l’humiliation et la charge financière d’un adultère. Par conséquent, il faut le marier au plus vite. C’est le moment où le plus âgé de ses oncles maternels devra justement prendre ses responsabilités en lui trouvant une femme (nomba u ba Mafulu ma nzaba ndè) à doter. Suivons, à travers ses démarches, ce sage dans sa mission à la fois délicate et excitante.

Le vieil oncle maternel connaît mieux que quiconque d’autre les «matsoongo» du clan. Dès lors, il est de sa responsabilité de choisir l’un desdits matsoongo, et d’informer son beau-frère, le père du jeune homme, de l’urgence d’actualiser ce vieux contrat de mariage avec la famille choisie. Rendez-vous est alors pris, à une date donnée, avec les parents de la fille. Le soir du jour convenu, l’oncle maternel, le père, la mère du prétendant ainsi que le prétendant lui-même débarquent au domicile du père de la fille convoitée où un huis clos est imminent. Après les salutations d’usage, l’oncle maternel du prétendant prend le premier la parole pour évoquer d’abord les liens qui unissent traditionnellement sa famille à celle qui reçoit la délégation qu’il a l’honneur de conduire, en rappelant les noms des femmes représentant la classe des grands-mères maternelles de la jeune fille dont ils viennent demander la main qui ont été épousées par ses ascendants, à lui qui parle. Il insiste ensuite sur la progéniture abondante qui a découlé de ces unions, sur la cordialité qui a chaque fois régné dans chacun de ces couples, sur la joie de vivre, l’abondance de nourriture; la sécurité et le bonheur dont ont chaque fois été entourées ces femmes par leurs époux respectifs. Il souligne enfin et d’une façon particulière la stabilité de ces unions à travers les âges et leur caractère indestructible, en se fondant sur l’initiateur de ces contrats de mariage tel Mwélé dont Ndongo avait été l’épouse: lukuèlè la ngèègni Mwélé bona Ndongo (le mariage d’autrui: Mwélé et Ndongo). Le terme ngèègni: autrui, par défaut d’un mot plus précis, (à ne pas confondre avec ngègni= le goût acide) souligne le caractère sacré de ce lien de mariage que nul, parmi les descendants de Mwélé, ne prendrait la responsabilité de détruire, encore moins parmi les descendants de Ndongo.

L’orateur, après ce long rappel des couples qui se sont formés entre les deux familles, au fil du temps, unissant chaque fois les hommes de sa famille et les femmes de la famille de la jeune fille, s’arrête sur le nom, encore plus évocateur puisque récent, du mari du couple dont les deux conjoints ont été les derniers à décéder pour conclure qu’il vient justement renouveler le mariage de ce dernier. Il pose alors à même le sol quelques biens, tenant en un peu d’argent, 5, 10, 20, 25 ou 30.000 francs CFA, 3 ou 4 pagnes, 2 ou trois chemisiers, 2 ou trois machettes, une enclume, des haches, un mouton ou cabri, un sac de sel, une couverture etc., selon le cas. Ces biens représentent la première partie de la dot (musuku ou ibandza en iinzèbi) qui sera complétée plus tard. Des biens lourds tels qu’ un sac de sel, une enclume, une couverture ou un mouton représentent ce qu’on appelle les «bingoko», c’est-à-dire des biens de très haute valeur qui traduisent la considération que la famille du prétendant a pour la famille de la jeune fille convoitée et la stabilité du mariage en perspective.

Vient alors le tour du père de la jeune fille de parler: d’emblée il remercie la famille hôte pour sa visite et pour l’objet même de cette visite, et ensuite souligne sa reconnaissance des illustres disparus dont les noms ont été évoqués pour justifier l’initiative prise, et conclut en indiquant qu’il parlera à ses beaux-frères, oncles maternels de sa fille, de ce sujet et que c’est à eux et eux seuls qu’il appartiendra d’en décider, ce qui en rien ne remet en cause les droits qu’il reconnaît parfaitement aux visiteurs sur sa fille. Le père de la jeune fille ordonne alors à son épouse et à sa fille de prendre les biens reçus des visiteurs et de les mettre à l’abri dans l’une des chambres à coucher.

Le sage des visiteurs remercie à son tour le père de la jeune fille et le rassure du fait que du côté des oncles maternels de sa fille il n’aurait aucune crainte à avoir car ces derniers n’ont pas un autre choix pertinent que celui d’honorer la mémoire de leur illustre mère disparue, en renouvelant ou en perpétuant son mariage. Ces derniers sont en effet sous contrôle de la famille qui fait la démarche car ils ont, par rapport à elle, rang de fils. Sur ordre du chef de la famille qui reçoit, du vin de palme, de canne à sucre, de miel, de liqueur de maïs ou de palmier sauvage (marombi (e)ou tombi (e) ) , selon le cas, est servi aux beaux-parents, et bien souvent accompagné d’un bon repas de viande ou de poisson d’eau douce au manioc ou à la banane Plantin pilée.

La famille du prétendant peut même entamer la démarche à partir des oncles maternels de la jeune fille, lesquels reçoivent alors des biens, et en réponse conseillent finalement à leur honorable belle famille de poursuivre la démarche en direction du père de la fille, leur gentil beau-frère.

 En tous les cas, ce sont les oncles maternels de la fille qui décident de la marier ou pas à quelque prétendant et non pas le père. Toujours est-il qu’il y aura une deuxième campagne de versement des biens, plus nombreux que ceux du musuku, après quoi, les sœurs du mari viendront clandestinement prendre leur belle-sœur au milieu d’une nuit de pleine lune «upfulu» pour l’emmener dans leur propre village où elle restera cachée dans une chambre, sans être vue par les habitants du village «buchongho», jusqu’au jour où une grande cérémonie, ponctuée de chants et des danses, arrosée de vin et débordant de nourriture, sera organisée afin de la présenter au grand public ( pos hua mukèdi a chimbi mbèdi ou upos hua buchonglo).

Le long de la vie du couple, le mari donnera «u langa» en maintes circonstances des biens sous forme

d’argent liquide ou de biens matériels «ndanga» aux parents de sa femme «bibèli», lesquels biens seront chaque fois inscrits dans un cahier de comptes, opération dite «u com hua mafua u tso kayi lukuèlèou u com hua bichianga ou encore hua bissangubu bia lukuèlè ». En cas de divorce, ces biens seront restitués au mari «u futu hua lukota ou u futu hua lukuèlè», et c’est le nouvel époux de la femme qui les fournira «mukuéli a mukèdi a tsoombo, mukuéli a lukuèl la tsoombo ou mufuti a tsoombo». Cependant, si la femme ne s’est pas trouvée un nouveau mari, ses parents rembourseront eux-mêmes la dot à son ancien mari:«u habs hua lukota ou ufutu hua lukuèlè mu mioho».

Cela explique que chez les banzèbi la rupture, le divorce est toujours la solution de dernier recours qui ne s’impose que si toutes les autres solutions ont échoué et que le motif de la rupture du lien est tel qu’il devient évident, pour les deux familles ou clans alliés, que les deux conjoints ne peuvent vraiment plus continuer de vivre ensemble. Dans les faits, il y a peu de cas de ce type car les banzèbi parviennent souvent à maintenir, par dessus tout, l’unité du couple«u habs hua lukuèlè ou uvang hua lukuèlè».

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